03 sep.
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EZK / Dans quel monde Vuitton? Interview dans le magazine Stratégies
Ci dessous une version enrichie,
avec + de photos...
avec + de photos...
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photo EZK |
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photo EZK |
Dans
quel monde Vuitton ?
Depuis
un an à Paris et dans de nombreuses villes de province, apparait sur
les murs un message ironique et énigmatique « dans quel monde
Vuitton ?» avec un petit africain dans un seau estampillé du
fameux monogramme... L'artiste derrière l'image, c'est EZK, franc
tireur du street art qui mélange avec bonheur références à
l'enfance et détournement des marques...
ESK :
j'ai toujours beaucoup aimé dessiner en poursuivant à la fois des
études d'art et de communication : Deug histoire de l'art à
Tours puis BTS communication des entreprises...
Mais
j'ai eu aussi des phases où je n'ai rien fait du tout : je m'y
suis remis en 2007 en accrochant des collages dans la rue à base de
stickers mais c'était purement décoratif... Ce n'est vraiment qu'en
2008, année de naissance de ma fille, que j'ai recommencé plus
sérieusement, en me rendant compte que la simplicité du pochoir me
permettait de faire vraiment ce que j'avais envie, tout en conservant
un aspect figuratif assez fort.
Projet
« Art Wars »
En
2013 j'ai cherché un visuel reconnaissable par tous et c'est en
regardant une boîte de Lego que j'ai trouvé ce petit personnage
blanc et noir de Star Wars le « stormtrooper » :
c'était comme un logo à coller, comme un chien qui passe et qui
pisse contre un arbre...
J'en
ai fait des petits et également un casque seul de 70 80 cm
accompagné du slogan « Art Wars » pour signifier qu'il
existe une compétition inavouée entre artistes de street art
: c'est à qui tapera le plus fort, sans finalement vraiment se
préoccuper du message...
Personnellement
je trouve qu'il n'y a pas assez de sens dans les images affichées
sur les murs : je comprends que l'on puisse faire uniquement de
l'image pour de l'image mais je trouve qu'il manque alors quelque
chose . Quitte à faire quelque chose d'illégal dans la rue, autant
donner son avis !
Projet
« Art Against Powerty »
En
2014 je suis tombé sur une émission de type « no comment » :
une minute d'images sans commentaires où l'on voyait des gamins à
quatre pattes dans le désert en train de chercher des insectes et
des fourmis pour les bouffer... Quand l'image s'est arrêtée était
marqué sur l'écran « ce programme vous a été présenté
par Vuitton », avec derrière un mec qui monte dans un jet
privé avec de monstrueuses valises Vuitton...
Il
y avait là un tel décalage entre les 2 images que je me suis qu'il
y avait quelque chose à faire. La personne à côté de moi a
dit « on vit vraiment dans un pays de merde » et le
slogan m'est venu assez naturellement « Dans quel monde
Vuitton ? »...
La
plupart du temps effectivement, je trouve d'abord la phrase choc en
fonction de l'actualité : c'est mon côté communication qui
ressort … Ensuite je vais sur internet chercher à base de mots
clefs des photos qui vont m'attirer et m'inspirer...
Là
pour Vuitton, j'ai fait le visuel super vite à partir d'une image
qui revenait assez souvent sur le net : celle d'un petit gamin
se lavant dans un seau... J'ai juste rajouté le monogramme sur le
seau pour faire redondance entre la phrase et le dessin : je
pense qu'au fin fond du Bangladesh on connait ce monogramme... Pour
moi il est aussi très important de mettre le véritable logo – un
logo aussi réaliste que le dessin – car cela fait partie de la
culture et de l'imagerie populaire.
Mais
ensuite, j'ai mis du temps à apposer ce premier pochoir de la série
« Art Against Powerty »dans la rue : je l'avais fait
pour moi, je le regardais dans mon salon et il m'a fallu un bon mois
et demi pour le mettre dans différents quartiers de Paris, à la
Butte aux Cailles, dans le Marais , sur la palissade de la boutique
Vuitton à Saint Germain des Prés et ensuite à la Rochelle, Angers,
Lyon, etc... Dans des villes historiques dont les murs invitent aux
images qui claquent : j'aime les beaux murs anciens, et aussi
les murs gris en béton qui font la transition parfaite avec le noir
et le blanc...
Pub
ou Anti Pub ?
- Le fait d'énoncer clairement la marque interpelle les gens et les fait réagir, à tel point qu'ils se demandent si c'est de la Pub... ou de l'Anti Pub ?
EZK :
Ce
n'est surtout pas de la pub mais ce n'est pas non plus de l'anti
pub...
Je
ne critique pas Vuitton, ils font de la com, c'est normal, ils
veulent faire du chiffre d'affaires, c'est leur truc. Je n'ai
absolument contre eux : ce sont juste 2 mondes différents qui
cohabitent...
Le
but, si l'on veut faire passer un message, c'est qu'il soit relayé
et vu : peu importe que les gens y adhèrent ou pas, l'essentiel
est sa visibilité...
Et
ce n'est pas juste une émotion, c'est un véritable questionnement :
une émotion peut être provoquée par une très belle toile qui n'a
aucun sens tandis que le questionnement ne peut venir que du décalage
entre une phrase choc et un visuel dérangeant.. Sans décalage il
n'y a pas de sens !
Quand
je cite Vuitton - Dior ou Cartier - je ne critique pas ces marques,
je me m'apitoie pas sur des populations sous représentées dans le
graffiti, j'établis juste une échelle de valeurs à travers un
questionnement qui va droit au but...
Dans
la rue je tague en 3 minutes mes 2 pochoirs noir et blanc et quand je
fais cela dans la journée avec beaucoup de monde, je vois bien les
réactions des gens à la fin. Les gamins qui sont gavés d'images
prennent ce visuel Vuitton au premier degré : ils aiment bien
le côté vandal de l'image. Mais jusqu'à un âge assez avance ils
sont plus attirés par le visuel que par le slogan, ils me posent
des questions sur le petit garçon, sur le seau... Ils ne parlent pas
de la phrase tandis que les adultes ont bien une double lecture de
l'ensemble du message.
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Photo EZK |
Dior,
Cartier, Twitter, Nike, Areva, Vinci & Daesh, etc...
Le
deuxième visuel a été celui sur Dior (« Dior et déjà
condammné ») avec toujours le même gamin qui a l'air de se
protéger d'une main... Puis toujours avec l'enfant : Twitter
« I'just want twitt » qui prend tout son sens quand on
prononce effectivement la phrase « I just want to eat »
et Cartier (« Pas de Cartier ») que j'ai mis sur les murs
et également en petit sur des boîtes à lettres...
Et
pour finir « Kalach Nike » avec cet enfant avec une
kalashnikov et des Nike aux pieds (il y a juste un bouton poussoir
« of » pour arrêter tout cela)... Cela m'est venu en
lisant un article sur les stratégies des groupes armés en Afrique
qui, pour recruter des gamins soldats, leur achètent des Nike, des
produits dont ils toujours rêvés... Ce visuel était sans doute
plus dérangeant que les autres car il a été enlevé assez vite...
Après
j'ai fait un concours organisé par la Fondation EDF sur le thème
« l'énergie dans la ville » en le traitant à ma manière
avec la phrase « Ce qui devait arrivé Areva » et un
personnage en combinaison nucléaire de survie...
Et
plus récemment « Veni, Vidi, Vinci » avec un bulldozer
poussant les monuments de Paris... Enfin j'ai fait sur une grande
bâche un visuel « Daesh Ultra » avec le même logo que
la lessive Dash avec à côté un cerveau tournant dans une machine
à laver...
Finalement
ce n'est qu'avec la tragédie Charlie que je n'ai pas trouvé de
visuel et ai juste apposé le slogan « 17 morts, 65 000
000 blessés »...
- Tu penses donc continuer dans cette voie de détournement ironique des marques ?
EZK
En
fait je ne me pose pas la question, vu que je suis super verni en
ayant en parallèle un boulot très intéressant... Je ne dépends
donc pas du street art et peux donc faire ce que je veux, sans avoir
la pression pour trouver de super idées, courir les galeries, les
ventes, etc...
Je
vais donc continuer cette série sur les marques et faire
parallèlement des pochoirs plus personnels avec mes enfants :
ma fille qui bombe un cœur rouge, mon fils avec une bulle de
réflexion... Avec ce thème de l'enfance qui revient toujours.
- D'autres projets pour la rentrée ?
EZK
J'ai fait un "pèlerinage artistique" à New york en juin : du coup des
tonnes d'idées nouvelles qui vont constituer mon actu de
rentrée. Depuis mon retour je ne cesse de produire de nouveaux pochoirs
sans parvenir à réellement en terminer un .
Mon objectif est de terminer tout cela et de présenter l'ensemble avant l'automne...
Mon objectif est de terminer tout cela et de présenter l'ensemble avant l'automne...
Claude
Degoutte
Dans
le film « les dieux sont tombés sur la tête » (1980) un
Bochiman du désert du Kalahari reçoit sur la tête une bouteille de
Coca Cola et pense qu'il s'agit là d'un cadeau des dieux... Depuis
l'image emblématique du petit africain affamé et désemparé se
confronte de plus en plus souvent aux symboles les plus marquants de
la société de consommation...
Pixal Parazit |
En
2006 Pixal Parazit crée une fresque à la Butte aux Cailles passage
Boiton sur le thème « Diet Coke » « Test
yourself » où un enfant décharné boit une canette de Coca.
Pixal Parazit explique qu'il voulait interpeller le consommateur
lambda sur la position des marques en Afrique offrant gratuitement
des produits de grande distribution (Fanta, Coca Cola, Pepsi) avec
l'objectif évident d'accaparer de nouveaux consommateurs...
Le
fameux Banski – star incontesté du street art – traîte le même
sujet avec son « Burger King Kid », enfant affamé
devant un bol vide et coiffé d'une couronne Burger King... Comme à
son habitude l'image forte se suffit à elle même et n'a pas besoin
de commentaire : mais dans son livre « Guerre et Spray «
Banski rajoute tout de même sur la page à côté du visuel la
phrase laconique : « Parfois quand je vois l'état du
monde, ça me rend tellement malade que ne peux pas finir mon second
apple pie ».
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Banski |
Enfin
dernier avatar du petit africain : un visuel de Wittle avec le
logo Apple : « I
want to express that while there people making long queues to buy the
Iphone 6, there people that are dying of hunger. »
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Wittle |
![]() | ||||||
"Le regard de ce petit garçon nous attire.
Et selon l'instant, le jour, la saison,
les émotions qui nous traversent sont multiples.
Il nous captive, nous donne l'envie de le protéger,
Il nous captive, nous donne l'envie de le protéger,
un sentiment d'empathie.
On emporte
avec soi un grand sentiment de force pour la journée.
Il ne laisse personne indifférent.
Il ne laisse personne indifférent.
Le regard de cet enfant sur le monde des adultes
nous dit
"arrêtez vous, regardez autour de vous". "
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Jef Aérosol |
"L'art de la representation est tellement faste, et, des fois,
suivant l'inspiration du jour j'ai envie de ne pas peindre de jolies images
mais des choses plus brutes"
Lipstik
Bien sûr je vais continuer,
mais quand même la flotte c'est comme le
pognon,
on devrait tous en avoir suffisamment . Comment faire ?
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Les frères Icy § Sot IR (lors de leur passage à VITRY) |

Brandalism Street Art / Vuitton
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photo EZK |
Brandalism :
contraction de brand (marque) et vandalism : le détournement
est la réutilisation par un artiste de slogans, d'images
publicitaires pour créer une nouvelle oeuvre proposant un message
différent »
Le
brandalism Street Art / Vuitton fonctionne dans les 2 sens...
De
nombreux artistes se sont attaqués frontalement à la marque...
Pimax
détourne ainsi depuis de nombreuse années les marques et depuis 5
ans allègrement Louis Vuitton : il joue avec les logos
colorés, rajoute « Fake » ou « Louis le Vandal »
sur les sacs , associe le monogramme à son personnage fétiche
Goldorak, pardon « Goldofuck »...
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Pimax |
Une artiste célèbre, en 2010, tague sur des poubelles le monogramme légèrement
retravaillé pour montrer la décadence de la consommation : cette
photo néanmoins n'est pas publiée dans sa monographie : pas de
risque inutile...
ZEVS
le roi de la coulure et du « liquidated logo » fait
dégouliner la toile monogramme Vuitton qui se répand au sol... Au
Louvre il rajoute un sac Vuitton devant la Joconde... Cette idée de
« Joconde au Sac » sera reprise - ou réinterprétée
c'est selon - par Vuitton en 2012 dans son film de pub « invitation
au voyage »...
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ZEVS |
Et
parallèlement Vuitton se sert du street art pour se donner une
caution artistique et faire « tendance » :
plusieurs saisons de suite la marque fait appel à des artistes de
street art du monde entier pour des collections de foulards :
Aiko, Retna, Os Gemeos, Eko
Nugroho, Eine, eL Seed, Kenny Scharf, André Saraiva et Inti...
Un
set partout, balle au centre ! Au pays du street art,
détournement et récup font bon ménage !
Et EZK de conclure : « Vuitton ne m'a jamais contacté, mais je sais qu'ils savent que j'existe... »
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commentaire de Benedicte Panariello Laden Dans quel monde Vuitton, un peu (beaucoup) ressemblant au Less Vanity que l'artiste ICON avait peint à Londres en 2012 |
B comme Beaux Arts
beauxarts.strikingly.com
J comme "Je suis Charlie"
jesuischarlie.strikingly.com
P comme "Photographie"
photosderue.strikingly.com
beauxarts.strikingly.com
J comme "Je suis Charlie"
jesuischarlie.strikingly.com
P comme "Photographie"
photosderue.strikingly.com
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L'interview de EZK, est aussi intéressant que les images, ça m'as donné un moment de réflexion, c'est la but de de l'art ( dans la rue !)...
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